J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble

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J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble

Distribution

TOUT PUBLIC
THÉÂTRE / MUSIQUE
DURÉE : 60 MIN

Texte
Claire audhuy

Mise en scène :
Stéphane Titelein

Avec :
Antoine Chartier (piano)
Timothée Couteau (violoncelle)
Charlie Giezek (batterie)
Stéphane Titelein (chant)

Production :
Thomas Fontaine & Ambre Declercq



Production

PRODUCTION : COMPAGNIE FRNACHE CONNEXION


CE SPECTACLE EST CONÇU ET RÉALISÉ À L’ÉCOLE BUISSONNIERE DE MONTIGNY-EN-GOHELLE

COPRODUCTION : OSE ARTS ET DROIT DE CITE ET LE MÉTAPHONE 9-9BIS.
AVEC LE SOUTIEN DE LA REGION HAUT-DE-FRANCE, DU DEPARTEMENT DU PAS-DE-CALAIS, LA COMMUNAUTE D’AGGLOMERATION D’HENIN-CARVIN, LA VILLE DE MAZINGARBE, LA VILLE DE COURRIERES, LA VILLE DE MONTIGNY-EN-GOHELLE, LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT DU PAS-DE-CALAIS ET DU CGET DU PAS-DE-CALAIS

J'aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble


Note de l’auteur
« On ne sait jamais par qui les textes qu'on écrit seront lus. Ni comment ils traverseront le temps, les esprits. J'ai écrit des bribes de textes en novembre 2015. J'étais alors incapable de les organiser. Mes silences faisaient écho au blanc de la page qui s'installait, insidieusement. Dans ces paysages de neige pourtant, il y a un dialogue sourd avec la mort, avec l'amour, avec la vie aussi.

C'est alors qu' il y eut l'édition d'Obscurité ensemble, sobre, sans mots au verso, sans promotion ni bruits, dans le respect des absents, grâce à l'éditeur La Feuille de Thé. Je pensais que ces textes seraient destinés à être lus dans les têtes, en toute intimité et en solitaire.

Et un jour...

Assis sur le canapé, un beau matin, le directeur de la compagnie Franche Connexion venait de lire l'ouvrage fraîchement imprimé. Je me rappelle très bien de lui ; il lève la tête et me dit : « je suis tombé amoureux... d'Obscurité ensemble. » Stéphane Titelein a une présence qui en dit beaucoup. Le savoir prendre en main, mettre en voix et en corps ces poèmes mais aussi ces absences, et devenir musique, scansion, les voir enfin prendre corps : c'est inespéré.

J'ai rencontré Stéphane Titelein lors d'une résidence artistique dans les Hauts-de-France. Je découvrais le lieu qu'il avait créé avec sa compagnie Franche Connexion : l'École Buissonnière, ancienne école primaire de Montigny-en-Gohelle devenu théâtre populaire et social. Puis je l'ai découvert sur scène, en particulier dans l'époustouflant Misérables, où il incarne à lui seul, insatiable de mots, tous les personnages du roman de Victor Hugo. Je me réjouis de ces rencontres : rencontre entre un livre et un lecteur, entre une auteure et un metteur en scène, entre un texte et une voix. J'ai hâte d'entendre et de voir ce texte porté sur la scène, mis en musique et incarné par la compagnie Franche Connexion. J'envisage avec beaucoup de joie ce prolongement d'un livre que je ne pensais pas écrire. »

Claire Audhuy

« Tu dois être très mort
pour qu’il y ait un tel silence
partout dans ma tête »




Note du metteur en scène :
Longtemps je me suis posé la question.
Celle qu’on nous pose au conservatoire et à laquelle je n’ai jamais répondu.
« Es tu un comédien instinctif ou cérébral ? »
Aujourd’hui alors que j’écris ces lignes la question tourne encore.
D’autres questions se posent de manière aigue.
« Pourquoi veux-tu adapter ce poème à la scène ? »
« Pourquoi veux-tu adapter ce poème à la scène musicale ? »
« Par quel miracle veux tu faire entrer ces mots si délicats dans ta bouche de gros acteur barbu adepte de Rugby et de chanson de Raoul ? »
« Par quel instinct sens tu que ce texte est pour toi et pour tes musiciens ? » Quel chemin de pensée te mènera à l’incarnation de cet être fragile, abattu, abasourdi par la mort de l’autre ? »

Lorsque j’ai commencé le travail de « Misérables ! », je percevais de quelles manières j’allais prêter vie à Jean Valjean, Javert, et Fauchelevent. Je sentais mon dos courber sous le joug du bagne,
j’imaginais ma mâchoire saillante au dessus d’un col empesé,
je mobilisais mes années pour tordre mon corps.

Puis vint Fantine… Suspendue… Haletante.
Elle parcourut mon être, s’invita dans mon souffle le va mes talons et trafiqua ma voix.
Mit des sanglots dans ma force et me fit « suer dans un atroce entonnoir »
Fantine était sur la crête et regardait le vide avec cette certitude qu’elle s’y perdrait un jour.

Voilà.
Voilà comment j’aborde cette création, ni instinctive ni cérébrale, mais habitée.

Le texte de Claire m’a surpris en plein sommeil. Cette nuit là sur le canapé du salon, j’ai aimé cet absent, ma peau s’est figée dans la douleur de caresses évanouie à jamais.
Mon esprit s’est embrumé et la folie m’a pris la main.

Alors j’ai perçu ce long chant et ses accents musicaux.


Le texte de Claire est un temps de deuil, un temps pour faire son deuil.
Un temps de crise aigue coincée entre l’abasourdissement et la résignation.
Coincée entre la délicatesse de ce titre à petit pas « J’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble »
et l’épuisement du combat, son dénouement impuissant « j’aurais préféré que nous fassions obscurité ensemble ».
Tant de choses à inventer

La musique du quotidien
Il y a dans le texte de Claire Audhuy une poésie du quotidien. Elle fait appelle à tous nos sens. Nous sentons la terre et l’odeur du thé chaud, la douceur du miel et l’âcreté du papier, le souffle d’une tempête et les chuchotis nocturnes des enfants sous les draps.
Nous allons inventer une base d’instruments et de son du quotidien, du froissement de la soie au tonnerre de l’orage en passant par le goutte à goutte et le bruit des coupes des ciseaux.

Un travail en aller et retour avec l’auteure
Claire nous livre ce texte, elle nous donne aussi toute les clefs, celles pour comprendre l’œuvre et ses implications sur elle sur nous sur tous ;
Celles pour diriger, conduire le spectacle dans une direction donnée, car il s’agit bien d’un spectacle et non d’une lecture de poème.

Loin de la colère
Ce qui m’a tout d’abord bouleversé dans le texte de Claire, dont je connaissais le travail auprès des populations en souffrance, c’est l’immersion dans la douleur et la folie.
Le théâtre documentaire qui est au centre de son travail nous livre un point de vue journalistique, extérieur et mâtiné d’humour faussement candide, laissant à l’auditeur le choix d’interprétation.
Ici au contraire, le lecteur auditeur spectateur n’a pas le choix et une douce dictature du sentiment s’impose à lui.
Le 13 novembre 2015 fut un traumatisme pour elle et pour nombre d’entre nous.
Ni elle ni nous ne voulons porter un drapeau antiterroriste.
C’est par l’histoire personnelle que nous abordons le fait historique bouleversant.


Stéphane Titelein


« Le soir où tu es parti
je pouvais plus rien dire
muette
Et le lendemain
matin
j’ai compris
sans toi
je ne voulais plus parler homme
je
parlais
oiseau »




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